Création 2007, Hélène Cathala

Shaggå

Shaggå

Création 2007

Solo D’Hélène Cathala

Avec une langue secrète, et sept séquences dansées qui exposent un corps à chaque fois réinventé, Shaggå déroule ses artifices poétiques autour du portrait tremblé d’une femme.

Ce sont des portions de vie, réfléchies par le regard d‘un homme ou capturées dans un morceau de miroir, comme les fragments d’une histoire qui ne pourraient se recoller que dans  les rêves.

La danse est partout, distraite ou envahissante, soumettant le corps à la question, puisant dans son histoire et sa matière même une narration en filigrane.

Une voix muette y parle du désir, à l’âge où le corps renvoie l’image diffractée de sa fatigue et de sa liberté.

 

Production/Distribution

Chorégraphie et interprétation : Hélène Cathala
Instrumentiste, arrangement et interprétation : Geneviève Sorin
Dramaturgie, dispositif scénique : Marc Baylet
Sphère sonore : Eric Guennou
Le morceau de musique Ze est une composition de Raymond Boni

Production 

Compagnie Hors Commerce

La compagnie Hors Commerce reçoit l’aide aux compagnies de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, le soutien de la Région Languedoc-Roussillon, l’aide au fonctionnement de la Ville de Montpellier et du Département de l’Hérault.

Coproduction

La biennale du Val de Marne
Théâtre Jean Vilar –  Vitry-sur-Seine

Résidences
  • CMDC Tunis (Centre Méditerranéen de Danse Contemporaine)
  • La Salle 3 – Montpellier
Diffusion
  • Biennale du Val-de-Marne (Création), Vitry-sur-Seine – les 10, 11 mars 2007
  • Festival d’Avignon, Studio des Hivernales, du 10 au 26 juillet 2008
  • Espace Pluriel Scène Conventionnée danse, Pau – 27 avril 2010
Presse :

Mouvement

(…) Dans un espace percé de failles et recoins, souvent livré à une pénombre zébrée de surgissements, les trajectoires des parcours peuvent échapper au regard. S’y compose un solo de mouvements ombrés, à la texture diaphane. Tout acte, toute pause, y valent d’emblée par leurs reflets et résonances, qui irisent, creusent et tourmentent, sous la fausse surface des évidences. Pas un instant, Hélène Cathala ne s’abandonne à l’épanchement égotique. Elle dépose ses gestes en suspensions hors d’elle-même, nimbe de signes sans fin, soutenus par un espace lumière. Plus elle multiplie, tableau après tableau, ces précautionneuses mises à distances, plus son entreprise résonne comme une mise à nu ; mais alors impitoyable, hors toute complaisance, du côté de l’obscur, du regret, et de l’échappé qui part de biais. (…)

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Hélène Cathala et Fabrice Ramalingom ont cessé leur codirection de compagnie. A la Biennale du Val-de-Marne, un seul programme en deux solos ouvre un maximum de possibles.

Il faut du cran, comme une conviction farouche, une fidèle abnégation, par un dimanche hivernal pétant de soleil, baigné de douceur, pour se décider à s’enfermer à 16 heures dans une salle de théâtre en banlieue, au bord de la nationale. Or là, justesse se manifeste… Le programme de deux solos, l’un d’Hélène Cathala, l’autre de Fabrice Ramalingom, composé au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine pour la Biennale du Val-de-Marne, déborde toute attente. Cela, alors qu’on pouvait le craindre par principe. Reconduisant le partage d’un même plateau par ces deux artistes chorégraphiques, cette configuration ne contredisait-elle pas la démangeaison de la page blanche et du redémarrage à zéro, suscitée par l’annonce de leur séparation ?
Au terme de douze années de codirection de La Camionetta, Hélène Cathala conduit dorénavant seule la compagnie Hors commerce (H.C.) et Fabrice Ramalingom déploie de son côté l’association R.A.M.A. A cet instant, chacun de ces deux chorégraphes se tourne vers la figure du solo. On sait tout ce qui rattache celle-ci à la mythologie des actes fondateurs. Or, rien de commun entre les deux, tant cette figure se peuple, au-delà de leurs personnalités et projets en propre, de mille présences qui les croisent et habitent. De quoi constituer leur être en résultante et production d’un faisceau complexe de dynamiques multiples, ouvrant un maximum de possibles.
Dans Shaggå, Hélène Cathala, chorégraphe et interprète, se donne à voir comme vue. Une étrange machine lumineuse, massive, d’apparence archaïque, très présente, quoique sourde et sombre, l’accompagne de bout en bout. Elle distribue un économe faisceau lumineux mobile, vite perçu comme le trait du pinceau qui fouillera le portrait de l’artiste. Quelque chose de décalé, de richement ambigu, est ainsi généré ; en quoi on adopte une part de regard du partenaire en cette affaire, créateur de cette scénographie hautement dramaturgique, Marc Baylet.
Dans un espace percé de failles et recoins, souvent livré à une pénombre zébrée de surgissements, les trajectoires des parcours peuvent échapper au regard. S’y compose un solo de mouvements ombrés, à la texture diaphane. Tout acte, toute pause, y valent d’emblée par leurs reflets et résonances, qui irisent, creusent et tourmentent, sous la fausse surface des évidences. Pas un instant, Hélène Cathala ne s’abandonne à l’épanchement égotique. Elle dépose ses gestes en suspensions hors d’elle-même, nimbe de signes sans fin, soutenus par un espace lumière. Plus elle multiplie, tableau après tableau, ces précautionneuses mises à distances, plus son entreprise résonne comme une mise à nu ; mais alors impitoyable, hors toute complaisance, du côté de l’obscur, du regret, et de l’échappé qui part de biais.
L’artiste assume sa part de cendres, de fatigue, d’âge prenant, et convoque « des existences lointaines, trop lointaines, à présent effacées » selon les mots de Volodine qui l’accompagnent (et c’est cet extrait précisément qu’on retient). Comment ne pas songer – et cela tout autant dans les gestes, parmi lesquelles des citations tout à fait explicites – à la figure de Dominique Bagouet ? Mais alors sous un jour presque inquiétant, sans rien de l’enchantement confit, un peu niais à la longue, dans lequel on s’est habitué à trimballer les mânes du maître disparu. Ce Shaggå courageux, profond, magnifique, n’a pas peur d’effleurer ses délabrements, dans des beautés parfois assourdies de mélancolie. On laisse à Hélène Cathala, tout au vif-argent de son intelligence, la responsabilité d’avoir choisi pareil jour incommode, où s’engager en présence : sobre, intense. Entière, donc fractionnée. Admirable de solide fragilité.

Gérard Mayen , Mouvement, 19 mars 2007

Webzine Montpellier

(…) C’est une œuvre de résistance, un truc de pauvre, un truc de nègre, un truc de femme indépendante, un truc de révolutionnaire ou de terroriste. Cela fait donc frémir, parce que Hélène se situe en empathie avec ça. Or depuis le 11 septembre 2001, c’est très mal vu en Occident de se situer de ce coté là. (…)

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Sous ce nom, un solo, créé en mars 2007 à la biennale du Val de Marne. Ce solo va être rejoué au Cameroun puis à Lille. De ce fait, Hélène le répète et il m’a été possible de le voir à La Salle 3, le 28 février.
Je ne l’ai pas vu dans les conditions idéales pour ce type d’œuvre, très sophistiquée. L’accueil de la Compagnie était très chaleureux, là n’est pas la question. Disons que le temps de méditation ou de concentration nécessaire m’a manqué avant le début de la danse.

Il n’empêche…
La critique de Shaggå n’est pas aisée, c’est une pièce très complexe.
Il faut commencer par une première remarque. Même si Hélène Cathala l’affirme (dans ce webzine, clikez), ce solo n’appartient pas au registre des « solos fondateurs » où l’artiste danseur se repenche sur son corps et ses mouvements de corps pour se refonder et faire ressurgir de soi-même, de son soi physique une logique artistique, un nouveau langage.
Shaggå est une œuvre qui tient en elle-même, qui raconte quelque chose sur l’humanité au 21ème siècle, bien plus que sur Hélène Cathala… Même si on se doute que seule Hélène Cathala pouvait faire surgir ça et qu’il est donc assez logique qu’elle soit la première à l’interpréter.
Mais je ne doute à aucun moment qu’une autre danseuse ne soit capable de l’interpréter… Et je dirais même (en dévoilant une partie de ce dont je vais parler plus bas, la question de l’âge) : je suis totalement certain qu’on pourrait le faire avec une très jeune danseuse… auquel cas, l’aspect délabrement physique serait lié à autre chose que les atteintes du temps… la drogue, pourquoi pas ?)

[Le cas n’est pas du tout unique : le solo F et Stein de Bagouet paraissait totalement attaché au danseur… En fait, on a bien compris depuis qu’il était une œuvre en tant que telle, qui fonctionnait avec d’autres interprètes… Je n’en dirais pas forcément autant de vrais « solos fondateurs » comme Terre de ciel de Ingeborg Liptay, ou du solo de Sonia Onckelinck, par exemple. C’est comme ça que je fais une différence : « interprétable par d’autres » ou pas totalement]

Shaggå est donc une œuvre qu’il faut étudier en tant que telle et pas du tout une histoire d’individu en train de se raconter. Ceci amène le spectateur (ou l’analyste) à deux attitudes différentes. Si le solo est une histoire intime, on peut y aller en confiance, comme lorsqu’on découvre un paysage inconnu, mais dans un pays sans danger personnel.
C’est l’âme de l’autre qui se dévoile. On peut s’y intéresser, s’y confronter mais on ne risque guère autre chose que de l’émotion et des pleurs (la joie, le plaisir, ne sont pas des risques, dans cette logique).

Là, c’est tout à fait autre chose. Hélène parle de ce qui se passe maintenant dans le monde. On y côtoie la vieillesse (et la mort), la torture, la dictature du beau, la dictature des objets qui nous regardent et nous mesurent (la robotique), la solitude, la frustration sexuelle… Cela ressemble beaucoup à ce que je racontais de Slogans, autre pièce d’Hélène : les égouts du 21ème siècle qui va arriver.

[Je suis en train de lire le livre de Greil Marcus sur L’Amérique et ses prophètes. Un écrivain y dit que le film noir nait le jour de l’assassinat en direct-live de Lee Harvey Hoswald. Ses auditeurs lui rétorquent que le film noir date des années 40. Il répond : « oui, mais ce jour-là on s’est rendu compte que ce n’était pas de la fiction ! ». C’est à ça que je pense.]

Le dispositif technique de Shaggå est important et tout aussi important que le corps et les gestes de la danseuse. Il fait très vite office de second personnage, très inquiétant. A la fois l’œil de Big Brother et les machines chirurgicales de la Sci-Fi high tech (la charge d’érotisme des costumes fait aussi penser aux robots pénétrateurs de Caro, mais il n’y a pas d’images qui s’y raccorde expressément, c’est juste une impression).

Shaggå, c’est une suite de tableaux, où une femme se présente sous différents aspects (les changements de costume ont une grande importance et la qualité des costumes fait honneur à la pièce). Sont convoquées la séductrice, la femme prisonnière de son aspect qui se sent vieillir, la torturée (donc la résistante ?), la schizoïde. Et c’est un portrait tout en facettes de notre monde sitôt qu’on essaie d’échapper à la norme (ou qu’on en est expulsé).
C’est une œuvre de résistance, un truc de pauvre, un truc de nègre, un truc de femme indépendante, un truc de révolutionnaire ou de terroriste. Cela fait donc frémir, parce que Hélène se situe en empathie avec ça. Or depuis le 11 septembre 2001, c’est très mal vu en Occident de se situer de ce coté là.

C’est très fort, je pense… même si pour vraiment apprécier ça à sa juste valeur, il faut sans doute le voir plusieurs fois. (La respiration, le tempo de la pièce, les gestes choisis, je pense qu’on a besoin d’avoir vu la fin pour « lire » le début !)

On pourra toujours dire que les différentes facettes qu’Hélène nous donne à voir sont les différentes facettes d’Hélène. Pour ma part, je ne le crois pas. Il y a de l’Hélène dans la pièce, évidemment. Mais ce n’est pas un autoportrait, c’est un commentaire du monde actuel.
Et en ça, cela fait plaisir que la danse ait du sens. Ce n’est pas un sens logique, ce n’est pas quelque chose de clair… mais ça parle de quelque chose de tapi au fond de nous, parce que nous y sommes soumis.

J.M. Douillard, webzine, Montpellier, 29 février 2008